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Citations

Que pense Jean Paul Riopelle de la liberté, du jeu, de la nature, de la Terre, de ses parcours? Des citations qui portent à réfléchir !

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L’abstraction et l’automatisme

Je n’ai jamais pensé que mes tableaux étaient abstraits. Quand on a qualifié mes tableaux d’abstrait, j’ai ouvert le dictionnaire et j’ai lu : « venir de ». Alors j’ai conclu : je ne suis pas abstraits, car moi, je vais vers. On peut considérer mes tableaux comme abstraits, mais la démarche, elle, n’est pas abstraite, au contraire. On a aussi parlé de ma peinture comme d’une forme d’automatisme. C’est par référence à l’écriture automatique des surréalistes. Ma façon de peindre n’a rien à voir avec l’automatisme.

(Philippe Briet, Extraits d’un entretien publiés dans le catalogue de l’exposition Riopelle, Peintures, estampes, Musée des beaux-arts et Hôtel d’Escoville, Caen, 12 mai-15 juillet 1984. S.p.)

 

La famille

Si on lui demandait sa profession, mon père répondait : « bourgeois », parce qu’il vivait de ses rentes, c’est-à-dire des locations des maisons qu’il avait construites. Ma mère, quant à elle, restait à la maison mais elle avait le sens des affaires. J’étais fils unique.

Mon père m’a toujours laissé faire assez facilement ce qui me plaisait […] Ensuite, comme il adorait
dessiner lui-même…Il pensait que cela allait me mener à autre chose. Lorsqu’il s’est aperçu qu’il n’avait plus le choix, il a essayé de m’introduire dans d’autres milieux. À la rigueur, j’aurais pu faire un architecte mais je ne sais pas pourquoi, vers 17 ans, j’ai voulu faire Polytechnique. Par ambition ans doute, mais aussi parce que j’aimais les mathématiques. Finalement, j’ai quitté Polytechnique après trois années en me disant : ça suffit, je peins.

 (Philippe Briet, Extraits d’un entretien publiés dans le catalogue de l’exposition Riopelle, Peintures, estampes, Musée des beaux-arts et Hôtel d’Escoville, Caen, 12 mai-15 juillet 1984. S.p.)

 

La peinture, une maladie

C’est un peu une maladie de peindre. Un type décide un jour avec ou sans moyen qu’il va peindre, et il va peindre toute sa vie…

(Monique Brunet-Weinmann, « Riopelle : les fins des commencements / Riopelle, Musée des
beaux-arts de Montréal », Vie des arts, vol. 36, no 145, p. 30–37.)

 

Apprentissage à l’École des beaux-arts

Imagine, je ponds une nature morte, sans modèle ni effort de ma part. On prétend que ça relève du génie, je me crois artiste. Vois-tu le jus de mon moi, faisant figure à côté de Mâtisse [sic], de Renoir. […] Farce à part je crois que le temps passé à leur école n’est pas perdu. Je barbouille du matin et même le soir [sic]; ce qui me donne de la pratique et me permet de dessiner avec beaucoup moins de tâtonnements que par les années passées. (31)

(Hélène de Billy, Riopelle, Montréal, Art global, 1996, p. 31. Tiré d’une lettre à son ami Jean Lespérance, 1947)

 

Passion pour le sport et les autos

J’avais le désir de devenir ingénieur, mécanicien automobile. Ou encore joueur professionnel de hockey. J’ai fait peintre. On lutte toujours contre quelque chose.[…] J’ai eu, et j’ai encore, une formidable passion pour les plus belles voitures du monde. Il m’en reste quelques-unes dans mon garage de Saint-Cyr, en France, où l’on continue à les faire tourner régulièrement. La vitesse? Oui, j’ai été coureur automobile, pour de vrai. Mais aussi aviateur. J’ai fait de la moto. La vitesse, je connais. […] Un garage porte encore mon nom près du circuit de Bridge-Hampton, aux États-Unis, en souvenir de celui qui partait dernier et arrivait… bon dernier. Normal, j’avais la moins puissante des voitures… J’avais pourtant droit aux applaudissements, à une sorte de considération. C’est
ça l’automobile : un code moral, une déontologie. Une Rolls laisse toujours passer une Bugatti, du moins ce devrait toujours être ainsi.

 (Entretiens Érouart-Riopelle réalisés à l’automne 1992 et l’hiver 1993 à l’Île-aux-Oies, dans Gilbert Érouart, Entretiens avec Jean Paul Riopelle, Montréal, Liber, 1993, p. 16-17.)

 

La signature

La signature ? Inutile. Chaque fois que j’ai signé, j’ai fait une bêtise. On n’arrête pas la progression, la gestation du tableau en le signant. Le tableau s’appartient. C’est à lui, pas au peintre. Une signature est grotesque. Ça veut dire : « J’ai fini! ». Fini quoi ? Idiot, non ? 

 (Entretiens Érouart-Riopelle réalisés à l’automne 1992 et l’hiver 1993 à l’Île-aux-Oies, dans Gilbert Érouart, Entretiens avec Jean Paul Riopelle, Montréal, Liber, 1993, p. 27.)

 

Se faire animal

Et l’île aux Oies… Je venais y chasser depuis longtemps, je suis ici pour les oies. Je fais partie, comme elles, de l’île. Prendre un verre sur le « Bateau ivre », le restaurant installé sur ce rafiot échoué de l’autre côté, à la pointe de l’île aux Grues, et regarder le soleil s’enfoncer dans le Saint-Laurent…Être là avec Rimbaud… 

 (Entretiens Érouart-Riopelle réalisés à l’automne 1992 et l’hiver 1993 à l’Île-aux-Oies, dans Gilbert Érouart, Entretiens avec Jean Paul Riopelle, Montréal, Liber, 1993, p. 38.)

 

La nature

Moi, dans son organisation, la nature est ma référence. Mais les autres peuvent voir tout ce qu’ils veulent. En général, je pense que les choses organisées sont des choses de la nature, c’est dans ce sens là que je parle de la nature.

[…] Donc la nature pour moi, c’est l’immédiat de la saison, du détail; et ça, ça m’intéresse. Ce qui me permet de ne jamais m’ennuyer quand je suis en pleine nature. J’aime bien chasser, j’aime bien la pêche et tout. Je pense que ça a une grande influence en retour sur ce que je fais.

Je crois que ça a une influence assez immédiate parce que je m’en aperçois dans les peintures qui suivent cet état, par exemple, si j’ai été faire un voyage en Corse… Je vous dirai peut-être que non, quand je retournerai là-bas pour peindre, mais le voyage en avion à partir du Bas-du-Fleuve jusqu’ici, en altitude de plus en plus descendante, avec ces forêts rouges, je ne sais pas si ça passera, à mon sens il devrait y avoir quelque chose — non pas le rouge, mais une organisation de tout ça. Enfin, ça, je vous le dirai plus tard! 

 (« Fernand Seguin rencontre Jean Paul Riopelle », Le sel de la semaine, 28 octobre 1968, dans Gilbert Érouart, Entretiens avec Jean Paul Riopelle, Montréal, Liber, 1993, p. 116-117.)

 

La jeunesse

Moi souvent, après, je continuais, même en faisant du ski, à m’installer sur les pentes de ski et à peindre. C’est comme cela que sont mes souvenirs de cette époque. C’était très étrange parce qu’on arrivait à l’idée qu’il ne fallait pas truquer. Alors évidemment, les tableaux des impressionnistes, ça n’avait aucun sens, ni pour lui ni pour moi; on disait: « Ils truquent. Ce sont des gens qui ne font pas ce qu’ils voient ». À un moment donné, on est arrivé à faire tellement ce qu’on voyait que jamais mon professeur ne faisait une correction. Il peignait d’un côté et moi je peignais de l’autre. Il adorait peindre, il adorait faire sa sculpture. Il n’avait pas de temps à perdre avec moi. Alors, on peignait chacun de son côté mais on aurait pu échanger un tableau : personne n’aurait pu savoir qui avait fait l’un et qui avait fait l’autre. On était imbus de la même chose, ce qui était très étrange. Il arrive un moment où la copie exacte de la nature fait que l’œil du spectateur ne peut pas le concevoir. Un reflet dans un verre — comme celui-là par exemple —, si je le peins exactement, personne ne va dire que c’est vrai. On va dire: « C’est exagéré », parce que les gens ne savent pas regarder. Ça nous a mené à un blocage épouvantable. On voulait copier la nature,
avec le reflet et le verre et tout… On avait l’air d’imbéciles qui ne savent pas faire un verre de vin rouge. Un verre de vin rouge dépend de ce qui l’entoure. Alors, on est restés dans une impasse par rapport à cela. À ce moment-là, j’aimais beaucoup les mathématiques, grâce toujours à ce dénommé Bisson, et mon père a dit: « Il ne va pas se lancer dans la peinture ». C’est comme ça que j’ai fait Polytechnique.


(Lise Gauvin, « Entretien avec Jean Paul Riopelle. Les artistes sont-ils révolutionnaires ? », Vie des arts, vol. 39, n161, hiver 1995, p. 14.) 

 

La nature comme documentation

Je ne touche plus à un pinceau avant de me retremper en pleine nature et d’y faire de la documentation.

(Tiré de Guy Viau, « Six peintres canadiens. Reconnaissance de l’espace », Notre Temps, Montréal, 12 juillet 1947, p. 5. Repris dans Guy Viau, catalogue de l’exposition Riopelle, Ottawa, Galerie nationale du Canada, 1962.)

 

 

L’art figuratif

[…] Je ne suis ni pour ni contre l’art figuratif. Si on veut faire figuratif ou si on veut faire non figuratif, cela ne mène nulle part. Courbet est-il figuratif ou non figuratif ? Cela dépend. On l’interprète comme on veut. […] D’où vient l’art ? Où va l’art ? Le jugement peut intervenir cinquante ans après, comme devant un Mondrian, en disant que ce sont des barreaux de prison ! Maintenant on déclare que ce sont des paysages superbes en Hollande, vus des airs. Qu’est-ce qu’en pensait Mondrian ? Je n’en sais rien! 

(Laurent Lamy, « Un peintre québécois connu dans le monde entier : Riopelle », Forces, n28, 3e trimestre 1974, p. 44.)

 

Abstraction et figuration

Il n’y a pas d’abstraction ni de figuration : il n’y a que de l’expression, et s’exprimer, c’est se placer en face des choses. Abstraire, cela veut dire enlever, isoler, séparer, alors que je vise au contraire à ajouter, approcher, lier. 

(Guy Robert, Riopelle chasseur d’images, Montréal, Éditions France-Amérique, 1981, p. 272. Tiré de : Jean-Paul Riopelle « D’hier à aujourd’hui “» catalogue d’exposition, 28 avril-25 juin 1990, Fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence, Éditions Maeght, Paris 1990, p. 31.) 

 

La façon de peindre

Je ne peux pas peindre si on me regarde. Pas de distraction, pas de spectacle. Je peins d’une seule traite, sans pause, une ou dix toiles, sans me demander quand ça commence ou finit, entièrement absorbé par l’action de peindre. S’est-il passé une heure ou une nuit, je ne sais ! 

(Guy Robert, Riopelle chasseur d’images, Montréal, Éditions France-Amérique, 1981, p. 272.)

 

L’appréciation d’une œuvre

Pour moi, l’unique référence, c’est la nature. La liberté n’existe que là, et en même temps la plus forte contrainte. Un arbre ne peut pousser que d’une seule façon. Il n’y a pas de façon tragique, ou élégiaque, ou joyeuse d’être arbre. Il n’y a que la façon juste

(Pierre Schneider, « Au Louvre avec Riopelle », dans Les dialogues du Louvre, Paris, A. Biro, 1992. Aussi paru dans Riopelle été 67, Québec, Musée du Québec, 1967, p. 28.)

 

Automatisme et surréalisme

Notre mouvement, s’il a une parenté avec le surréaliste, c’est du côté de la pensée. Dans le domaine de la peinture, la position surréaliste ne nous paraît pas assez précise. […] Ce dont nous sommes certains, c’est que notre peinture n’a rien de commun avec l’imagerie surréaliste qui est très répandue en ce moment

(Monique Brunet-Weinmann, « Genèse d’une signature », dans Yseult Riopelle (dir.), Catalogue raisonné de Jean Paul Riopelle, 1939-1953, tome 1, Montréal, Hibou éditeurs, 1999, p. 76. Tiré de : Pierre Descargues, « Automatisme », Arts, Paris, 27 juin 1947.)

 

Peindre : perdre la notion du temps

[…] Il faut que je me lance, que je trouve l’angle d’attaque avant de commencer véritablement à peindre. Ensuite, île ou terre ferme, il n’y a plus de notion du temps. Plus de distinction entre le jour et la nuit, entre le soir et le matin; midi égale minuit… Quand je peins, ce n’est plus le soleil qui rythme à proprement parler mon quotidien, mais les aspects techniques. Les couleurs que j’ai commandées et qui n’arrivent pas, le papier auquel je tiens absolument mais que l’on ne trouve qu’à Paris…Trop souvent, la déception de ne pouvoir utiliser le matériel d’autrefois. 

 

(Entretiens Érouart-Riopelle réalisés à l’automne 1992 et l’hiver 1993 à l’Île-aux-Oies, dans Gilbert Érouart, Entretiens avec Jean Paul Riopelle, Montréal, Liber, 1993, p. 36.)